OASIS OU LA REVANCHE DES PLOUCS - DURAND/PRAT

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OASIS OU LA REVANCHE DES PLOUCS

OASIS OU LA REVANCHE DES PLOUCS

DURAND/PRAT
Editeur : PLAYLIST SOCIET
Date de parution : 01/05/2021

[ean : 9791096098422]

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14.00 €
Résumé
Derrière les tubes des années 1990, devenus des hymnes (« Wonderwall », « Supersonic »...) et les frasques des frères Gallagher, réputés pour leur arrogance et leur tendance à l'auto sabordage, Oasis est avant tout un groupe qui a marqué l'histoire de l'Angleterre, aussi bien pour son impact sur la Britpop, réponse anglaise au mouvement grunge, que pour ce qu'il a représenté pour toute une génération.Issus de la classe ouvrière anglaise déshéritée de Manchester, marquée par la délinquance et le chômage, les membres du groupe auront symbolisé le passage de l'inconsidération à la starification pour une jeunesse abandonnée par le thatchérisme, faisant d'Oasis une aventure tout autant musicale que sociale et politiqueEntrelaçant l'histoire du groupe et celle de la politique anglaise, Oasis ou la revanche des ploucs revient sur un moment où les espoirs d'un pays se sont cristallisés autour de la musique.

Notre avis

Depuis 1954 et l’explosion du rock’n’roll aux Etats-Unis, la musique populaire s’est érigée en miroir privilégié des sociétés au sein desquels ses différents courants émergeaient, du punk à l’electro en passant par le hip-hop, le disco, le glam-rock ou le grunge.
Echappés des souterrains culturels pour venir révolutionner les paysages politiques et sociaux de leurs époques, avant d’être transformés en cultures de masse perverties par l’industrie, ils ont été l’expression radicale des marginaux, des laissés-pour-comptes, des prolétaires, bien décidés à ferrailler contre les hiérarchies culturelles en place.

La BritPop est peut-être la dernière de ces révolutions, surgie alors que le néolibéralisme reagano-thatchérien finissait de consacrer le culte de l’individualisme et de la division sociale.
En point d’orgue, la rivalité entre deux groupes majeurs des années 90 : d’un côté, les étudiants de la middle class londonienne Blur ; de l’autre, Oasis, les prolos de Manchester, qui avaient expérimenté aussi bien la petite délinquance que la vie sur les chantiers.

C’est à ces derniers que l’historien Benjamin Durand et le journaliste Nico Prat consacrent leur livre « Oasis ou la revanche des ploucs », ouvrage remarquable, accessible aux fans comme aux novices, se refusant à l’exercice de la biographie classique et sa succession d’anecdotes rebattues.

Non, ce petit livre est bien plus que cela !

Il parle de la misère, de ces « ploucs », ces bouseux abandonnés à la périphérie d’un monde où l’on se soulage de ne plus les voir, désynchronisés d’une société où tout va trop vite, désarmés et rendus incapables de prendre le train en marche.

Il évoque cette obsession capitaliste du bonheur par l’argent, seule solution pour s’extirper d’un environnement dysfonctionnel et dévasté.

Il parle de l’identité, ce concept devant lequel on aime tant se pincer le nez, d’un chez-soi perçu tant comme un refuge que comme une prison, d’un désir contradictoire et rongeur destiné à se défaire de ses origines tout en les célébrant.

Il parle d’une revanche, celle d’une génération et d’une classe ouvrière confrontées à un pouvoir politique qui leur expliquait qu’ils n’étaient rien et ne comptaient pas, éparpillées par le chômage de masse et le libéralisme dérégulé.

L’histoire du groupe, de la relation tempétueuse entre les deux frères Gallagher, des albums, de leur musique qui les propulsa au firmament de la galaxie pop, de la démesure qui accompagna leur ascension fulgurante, s’accompagnent de cette plongée dans la destinée d’une nation flamboyante rentrée dans le rang et victime de sa désindustrialisation, et de populations entières tiraillées par les inextricables paradoxes que nous infligent les mutations thatchériennes.

« Noel et Liam Gallagher, écrivent les auteurs, sont tout autant imbibés de l’héritage idéologique des années Thatcher que du sentiment de revanche de la classe ouvrière qu’il a inspiré », parlant ainsi, à travers ces deux géants du rock, de beaucoup de leurs admirateurs, et surtout de beaucoup d’entre nous.

Et, pour le lecteur, de croiser au fil de cette quête métaphysique, tout ce que Manchester a produit de plus exaltant, le football (ils sont supporters de Manchester City parce qu’il est le club des outsiders, quand l’ennemi juré de United incarne la démesure bourgeoise), l’Haçienda, Factory Records, The Smiths, The Stone Roses, Inspiral Carpets, New Order, Happy Mondays et l’ensemble des groupes du Madchester.

Avec ce livre, les éditions Playlist Society mettent la barre haut, renforçant l’élégance et l’intelligence qui caractérisent les publications de leur catalogue depuis, déjà, quelques années. Le travail fouillé de Benjamin Durand et Nico Prat (dont, message personnel, on attend désormais qu’il publie une somme aussi fascinante sur la série LOST dont il est un grand fan !) est la célébration d’une musique à l’énergie tellurique, la dissection d’un parcours de vie, ce passage de l’inconsidération à la starification, à travers une époque, un univers, une génération.

Il est un livre sur le rock comme on en lit peu parce qu’il parle de ce qu’est vraiment le rock par essence : bien plus qu’une simple musique, une force politique incomparable, puisée dans cet underground fédérateur et revendicatif, ce quelque chose qui parle de chacun d’entre nous, celui qui la joue et celui qui l’écoute.

Lecture indispensable !

Alexis

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